La température de l’eau est un paramètre prépondérant du milieu aquatique qui explique majoritairement la répartition des espèces car elle a des impacts leurs phases de vie et leur physiologie. Le suivi de la température des cours d’eau est donc essentiel pour comprendre le fonctionnement des milieux aquatiques et pouvoir envisager une gestion adaptée de ces derniers ainsi que des populations piscicoles qui y vivent.
Depuis 2009, la FSPPMA suit de manière assidue et presque systématique la température des cours d’eau du département. Elle a mis en place en 2010 son observatoire des températures des cours d’eau et des lacs d’altitude qui est complété ponctuellement sur certains secteurs par des études spécifiques.
Avec les données acquises depuis 2009 sur l’ensemble des stations historiques et actuelles (n = 117), une vue synthétique et générale de la situation thermique des cours d’eau de la Savoie est rendue possible.
Elle peut être approchée par exemple avec la température moyenne des 30 jours consécutifs les plus chauds (Tmj30) utilisée comme outil diagnostic en hydrobiologie. La figure 1 ci-dessous met en avant un contraste flagrant de la situation entre l’ouest et l’est du département à travers cette variable. Les cours d’eau des massifs montagneux de Tarentaise et Maurienne sont encore préservés, avec une température de l’eau encore fraiche (Tmj30 < 12°C). Cette situation est à associer avec l’apport d’eau glacière liée à la fonte importante des glaciers et du permafrost.
A l’inverse, les cours d’eau de la façade rhodanienne, des bassins versants du Bourget, du Guiers et la Combe de Savoie se caractérisent par une Tmj30 > 19°C qui peut dépasser 22°C au niveau de certains « points noirs » : le Thiers à La Bridoire, le Guiers aval à Saint-Genix-les-Villages et lors d’été très chauds et secs l’aval de l’Hyères et du Sierroz. Les autres secteurs sont dans des situations intermédiaires.

Figure 1 : Température moyenne des 30 jours consécutifs les plus chauds interpolée à partir des données acquises entre 2009 et 2025 sur les 117 stations d’acquisition de la température de l’eau en Savoie.
Sur certaines stations, la FSPPMA dispose de plus de 10 ans de données (période récente comprise entre 2010 et 2025). Aussi, à partir de ces points de mesure, il est possible de dresser un bilan sur l’évolution de la température moyenne annuelle de l’eau des cours d’eau de Savoie qui permet de faire le parallèle à l’évolution de la température moyenne annuelle de l’air qui est un des indicateurs du changement climatique.
En moyenne à l’échelle départementale, la température moyenne annuelle de l’eau a augmenté de 0.6°C sur 10 ans.
La figure 2 ci-dessous montre la disparité des situations rencontrées avec des gradients d’évolution importants suivants les contextes des secteurs. Par exemple :
• + 2°C sur 10 ans sur le Sierroz aval dans Aix-les-Bains ; ce secteur a été identifié en déficit quantitatif lors du diagnostic de la ressource en eau menée par le CISALB à l’échelle du bassin versant du Bourget entre 2010 et 2013.
• + 1.6°C à +2°C à l’aval de certains tronçons court-circuités : Isère à Moutiers, le Torrent des Glaciers à Bonneval-les-Bains, l’Arc à Bramans, le Bens à Saint-Bruno (Arvillard).
• - 1.9°C sur 10 ans sur l’Isère à Montrignon (Bourg-St-Maurice) à l’aval de l’usine hydroélectrique de Malgovert qui turbine des eaux de l’Isère et de ses affluents rive gauche prélevées entre 1557 m et 2015 m d’altitude.
• - 1°C sur le Bacheux (St-Alban-des-Villards) amont et aval. La 3ème station intermédiaire a plutôt une tendance au réchauffement qui s’explique par sa position dans le tronçon court-circuité.

Figure 2 : Evolution de la température moyenne annuelle de l’eau (définie sur 1 cycle biologique : octobre à septembre) des cours d’eau savoyards sur 10 ans au cours de la période récente (2010 – 2025).
Les 2/3 du réseau hydrographique savoyard sont très fortement influencés par la production hydroélectrique. Les flux d’eau sont complexes et les conséquences du réchauffement global se traduisent donc différemment : réchauffement ou refroidissement si l’apport d’eaux glacières devient plus important. La continuité et la mutualisation des suivis réalisés par d’autres partenaires permettront d’affiner l’image sur des situations particulières et sur le long terme.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, le rapport observatoire sera disponible fin juin sur l’espace document du site : http://www.savoiepeche.com/node/758